Lina Varela
Illustratrice – Entre illusion narrative, mémoire urbaine et fragments du quotidien.
Basée à Lausanne, Lina Varela développe une pratique picturale centrée sur les espaces domestiques et les mécanismes de projection. Ses peintures prennent souvent comme point de départ des photographies trouvées, des images de catalogues immobiliers ou des captures d’écran issues de forums en ligne.
Dans son travail, les personnages disparaissent presque toujours. Ne subsistent que des intérieurs, des objets ou des traces de présence humaine. Les espaces représentés semblent familiers mais demeurent difficiles à situer, comme des souvenirs incomplets ou des décors en attente d’être habités.
Sa pratique s’intéresse moins à la représentation du réel qu’à la manière dont certaines images ordinaires continuent d’habiter notre mémoire.
Chambres témoins (2025)
Chambre vide, peinture à l’huile sur toile, 2025
Des espaces qui se souviennent
Chambres témoins est une série de peintures qui s’intéresse à des lieux en apparence ordinaires : chambres, salons, couloirs ou cuisines photographiés avant d’être vendus, quittés ou transformés. Débarrassés de leurs habitants, ces espaces deviennent des décors suspendus, des images en attente d’une nouvelle histoire.
À partir de photographies d’annonces immobilières collectées sur plusieurs années, Lina Varela entreprend un lent travail de transposition à l’huile. Le geste pictural ralentit la circulation de ces images initialement produites pour être vues quelques secondes avant d’être oubliées. En les peignant, l’artiste les retire de leur fonction commerciale pour leur accorder un autre statut : celui d’objets de contemplation.
Les personnages sont absents, mais leur présence demeure perceptible. Une moquette usée, un rideau entrouvert, une porte laissée ouverte ou la lumière d’une pièce voisine deviennent autant d’indices d’une vie passée. Rien ne semble véritablement se produire, pourtant chaque toile laisse entendre qu’un récit a existé avant l’image, ou qu’il pourrait commencer après elle.
Le travail ne cherche pas à documenter l’architecture ni à représenter fidèlement un intérieur. Il s’intéresse plutôt à cette étrange sensation que certains lieux provoquent : celle d’avoir déjà été là, sans pouvoir dire où ni quand. Les peintures deviennent ainsi des espaces de projection, où la mémoire, la fiction et l’expérience personnelle du regardeur se mêlent jusqu’à brouiller les frontières entre souvenir et invention.
Salon sous draps, peinture à l’huile sur toile, 2025
Salle d’attente, peinture à l’huile sur toile, 2025
Cuisine, peinture à l’huile sur toile, 2025
Porte entrouverte, peinture à l’huile sur toile, 2025
Le punctum
Ce qui me revient d’abord, ce ne sont pas les pièces.
Je croyais que ce serait les pièces.
Je pensais que je regarderais la composition, la lumière ou les couleurs.
Mais quelques jours plus tard, ce qui reste, c’est cette porte entrouverte.
Pas parce qu’elle révèle quelque chose. Justement parce qu’elle ne révèle rien.
Elle semble attendre quelqu’un qui ne viendra plus. Ou quelqu’un qui n’est pas encore arrivé.
Dans Chambres témoins (2025), les lieux ne sont jamais vraiment vides. Ils sont traversés par une présence discrète, presque invisible, qui ne tient qu’à quelques détails : un rideau qui ne tombe pas tout à fait droit, une trace sur une moquette, une lumière laissée allumée dans une pièce voisine.
Ce sont ces détails qui déplacent le regard. Ils empêchent les peintures de devenir de simples représentations d’intérieurs. Ils ouvrent un espace où chacun projette ses propres souvenirs, jusqu’à avoir l’étrange sensation d’avoir déjà habité ces lieux.